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EXPLORATIONS DANS LE JURA VAUDOIS


GLACIERE DE CORRENTANAZ



Historique

Description

Géologie

Remplissages

Dangers

Bibliographie


Cette cavité se trouve au milieu du Pré de Saint-Livres (commune de Bière) ce qui fait qu'elle est aussi connue sous le nom de Glacière du Pré de Saint-Livres. Son vaste orifice entouré d'une couronne de sapins est bien visible au milieu du pâturage.


Historique

Connue depuis de nombreuses générations elle est aussi la première caverne mentionnée dans la littérature vaudoise puisqu'en 1737 Seigneux de Correvon la décrit en ces termes :

" (...) Au milieu des bois d'une assez haute montagne est une ouverture étroite, qui doit conduire en se dévalant dans la grotte dont nous parlons. L'avenue n'est pas belle; elle est perpendiculaire, et d'une hauteur assez considérable sur un grand sapin qu'on y a jeté au hasard, et dont le branchage sert d'escalier. Arrivé au fond, il faut battre le feu et allumer des flambeaux, pour se conduire dans plusieurs cavernes qui font comme les pièces de l'appartement. On y trouve souvent de la glace dans les plus grandes chaleurs (...) ".

Cette visite lui inspira en outre le poème que voici :

" Comme dans ce grand vilain trou
On va toujours sans savoir où;
Sûrs d'y tomber, plutôt que d'y descendre
Et qu'on voit au dessus de soi
Un roc toujours prêt à se fendre
Les curieux pourront s'attendre
D'y trouver tout autre que moi ".

Au 19ème siècle, les scientifiques vont trouver avec les cavernes un nouveau terrain d'études et les glacières ne vont pas échapper à leurs investigations. Celle de Correntanaz, qui était alors exploitée pour sa glace, sera notamment étudiée par Pictet (1822), Dulac (1822), Thury (1861), Browne (1865), Schwalbe (1886) et Fugger (1888).

En 1962, la section de Morges du Club Alpin Suisse (CAS) installa des échelles fixes en acier pour faciliter la descente jusqu'au sommet du névé (les anciennes en bois étaient inutilisables depuis plus de 50 ans). Quant à la topographie elle fut actualisée en 1985 par le GSL.



Description
Développement :  104m
  Dénivellation     :   -45m

Entonnoir d'environ 50 mètres de diamètre dont le pourtour boisé (sapins, arbustes, ...) est ceinturé par une clôture et un muret. Dans la partie sud, un portail protège le départ d'une sente avec des marches taillées menant à une échelle fixe en acier; cette dernière permet alors de descendre un cran vertical jusqu'au sommet du glacier. La pente qui fait suite ne se présente par contre pas toujours de la même façon. Bien souvent, il n'y a plus de névé et la partie en glace est recouverte de terre, mais suivant les conditions météorologiques hivernales on peut trouver de la glace vive de. A la base de cette pente (glacier), on rejoint le sol rocheux qui est encombré de gros blocs.

En face, et sur la gauche, une galerie percée de deux cheminées permet de remonter le lit d'un petit ruisseau jusqu'à un passage impénétrable. Dans la partie droite (nord), une autre galerie s'achève une dizaine de mètres plus loin par une trémie. Enfin, il existe encore quelques courts passages qui permettent d'accéder sous le glacier.



Géologie

Calcaires du Portlandien.



Remplissages

La Glacière de Correntanaz est la plus importante du Jura vaudois par son volume de glace (estimé à 3500 m3 en 1960) et du point de vue scientifique c'est une glacière dite "statodynamique", car la glace se forme de deux façon différente qui sont les suivantes :

1) Glacière dynamique : Chaque année, une nouvelle couche de neige vient s'ajouter au volume du glacier, puis se cristallise progressivement et devient glace. On observe ainsi différentes "couches" (strates) de glace séparées par des niveaux avec accumulation de débris, (humus, brindilles, etc...) qui correspondent au périodes d'été.

2) Glacière statique : Contrairement au mode de fonctionnement précédent, la glace est formée par le gel et le regel des eaux d'infiltrations et de condensation. Cette glace est plus vitreuse et il n'y a pas de strates d'éléments extérieurs (humus, ...).

Ces dernières années on a constaté par ailleurs une diminution du volume de glace par le fait que les hivers ont été moins rudes (réchauffement du climat ?).

[ Evolution du volume de glace ]

Pour terminer ce paragraphe on peut encore signaler que la glace a été très tôt exploitée, mais au début et comme dans d'autres glacières du canton, peut-être uniquement pour alimenter les abreuvoirs à bétail (en été l'eau est rare). Ensuite, pendant une période qui s'étale du 19ème siècle au début du 20ème siècle, l'exploitation a été plus importante bien que l'extraction se fasse encore de façon artisanale. Lors des dernières années, la glace était stockée au village de Bière, puis vendue aux brasseries lausannoises.

A l'heure actuelle les seuls vestiges de cette exploitation sont des anneaux en fer scellés dans la paroi de gauche, des morceaux de ferrailles à la base du glacier et si elles y sont encore, des vieilles chaussures cloutées. Comme la partie d'entrée était équipée d'échelles en bois, il ne reste par contre aucune trace de cette installation.



Dangers

Chaque année de nombreux randonneurs ne résistent pas à l'envie de descendre au fond de la glacière pour admirer les lieux. Si la plupart d'entre eux le font avec prudence, nous en avons vu qui ne se doutaient pas des dangers que présentait la visite dans les conditions du moment. Sans tenir compte d'une glissade depuis le côté nord de l'entonnoir d'entrée qui se transformerait à coup sûr en une chute fatale (ce cas est vraiment hypothétique), il y a deux autres dangers qu'il ne faut pas sous estimer et qui sont :

En hiver et aux printemps, la glacière est parfois joliment décorée au plafond par des stalactites de glace dont certaines peuvent avoir des dimensions respectables. C'est très joli, mais en prendre une sur la tête pourrait provoquer plus qu'un mal de crâne !?!

La descente de la pente du glacier est facile si ce dernier est recouvert d'humus, mais en cas de glace vive une glissade peut avoir de fâcheuses conséquences car au bas de la pente il y a de nos jours un ressaut de plusieurs mètres.

Sans vouloir faire de la morale, nous attirons donc l'attention des futurs visiteurs sur ces risques afin qu'ils prennent toutes les précautions. Par ailleurs, le port d'un casque est conseillé et une corde d'assurance peut s'avérer utile suivant les conditions.



Bibliographie

Anon. (1900) : Grotte Glacée du Pré-St-Livres. - Spelunca Mémoire, 24(6) : 39

Aellen V. et Strinati P. (1975) : Guide des grottes d'Europe occidentale. - Delachaux & Niestlé, Neuchâtel, Paris : 316 p.

Albanesi C. (1942) : Course à la Glacière de St-Livres. - Revue Polytechnique, Genève, 938, : 3859-3860

Audétat M. (1961) : Essai de classification des cavernes de Suisse. - Stalactite, 4(6)

Audétat M. et Guignard J-P. (1962) : La spéléologie dans le Jura suisse, la Vallée-de-Joux et ses environs. - Actes du 2ème congrès international de spéléologie, Bari-Lecce-Salerno, 1, 5 au 12 octobre 1958 : 257-273

Baron P-J. (1969) : Spéléologie du canton de Vaud. - Editions V.Attinger, Neuchâtel : 546 p.

Browne G-F. (1865) : Ice Caves in France and Switzerland. - London, Longmans : 315 p.

Brulhart D. (1998) : Glacières du Jura vaudois. - Travail de diplôme, Institut de géographie, Université de Lausanne : 77 p.

Dulac J-A. (1822) : Glacières naturelles. - Annales de Physique et Chimie, Genève, S.2, 21 : 113-127

Dutruit J. (1991) : Glacière de Correntanaz. - Le Trou, 52 : 36-41

Fugger (1888) : Beobacht in den Eisenhöhlen. - Salzburg

Pictet A. (1822) : Glacières naturelles. - Bibliothèque Universelle, Genève, S.1, 20 : 261-284

Schneider C. (1964) : Glacière du Pré de St-Livres. - Les Alpes, chroniques, 40(8) : 182-183

Schwalbe (1886) : Ueber Eishöhlen und Eislöcher. - Berlin : 3-8

Strinati P. (1966) : Faune cavernicole de la Suisse. - Annales de spéléologie, Paris

Seigneux de correvon G. (1737) : Voyage fait à la fin de juillet 1737 dans les montagnes occidentales du pays de Vaud. - Mercure Suisse, Neuchâtel, 16 : 16-33

Thury (1861) : Etudes sur les Glacières naturelles. - Archives des Sciences Physiques et Naturelles, Genève, 10 : 97-153



Photographies




Toutes les photos et illustrations ©GSL et leur(s) auteur(s) respectif(s)